last_exit_to_brooklynJe ne sais trop que dire sur ce livre que j'aurais mis près (ou plus) de trois mois à finir tant il est dur voire pénible à lire, de par son style très oral (pas de marqueurs du discours rapporté, aucune différence entre les dialogues, les descriptions et la narration, une syntaxe et une ponctuation très personnelles...) et la difficulté des sujets abordés. Pour faire simple, Last exit to Brooklyn est un recueil de chroniques sur la vie des paumés de ce quartier misérable, le récit intime de la routine débilitante et tragique des ouvriers et des vouyous, des putes et des pédés (pour rester dans le ton du bouquin) dans les années 50, un témoignage froid, distant et sans aucune visée moralisatrice des luttes et des violences engendrées par la misère et la bêtise. Il m'est vraiment difficile de me prononcer de façon définitive sur ce livre ; je n'arrive pas à savoir si je l'ai véritablement apprécié dans sa totalité. Il y a certes des moments très forts mais c'est trop inégal à mon avis (un certain manque de rythme et des passages très fades au regard de la puissance de certains autres[1]) et je suis sûrement trop habitué à des schémas narratifs plus "carrés" et linéaires. Il faut dire aussi que ce genre littéraire des chroniques ne m'est pas tellement familier[2]. Mais si vous en avez le courage lisez-le, au moins parce que certains passages sont aussi horribles que captivants (notamment le calvaire de Tralala dont la construction narrative est prodigieuse, chaque nouvelle journée n'étant qu'une copie dégradée et raccourcie que la précédente), malgré la gêne que l'on paut parfois ressentir, pour ne pas dire l'écoeurement devant tant d'ignominie et de cruauté.

Ô, complexe fascination de l'intolérable.

Notes

[1] Mais c'est aussi le rythme de la vie.

[2] A part quand elles sont martiennes.