Bienvenue à l'université Lagardère
Par Maxime le samedi 17 novembre 2007, à 13:42 - Mouvements universitaires - Lien permanent
Un bel exemple de politique fiction sur l'avenir de l'université par un universitaire de talent, Olivier Ertzscheid, Maître de Conférences en Sciences de l'information et de la communication.
"Vous, vous ne ferez que de la recherche. On a déjà plein de tâcherons pour les basses oeuvres administratives, et ces cons d'agrégés sont trop contents de faire de l'enseignement, mais ne vous inquiétez pas, on leur colle aux basques des vrais professionnels pour éviter qu'ils ne bourrent trop le mou à nos chères têtes blondes." (rires).
Bref, aujourd'hui à l'université Lagardère, comme dans les 15 autres centres d'excellence qui subsistent en France, ce sont des enseignants du second degré, des DRH et des industriels qui assurent désormais l'essentiel des cours en parcours Licence et Master auprès d'étudiants choisis, sans que jamais le terme qui fâche de "sélection" n'ait été prononcé. De toute façon, comme dit le boss, "la sélection, ils ont tout le temps de la découvrir à la fin de leur première année." et d'éclater de son rire tonitruant. C'est d'ailleurs pour cela et uniquement pour cela que l'on maintient encore sous tente à oxygène les vieilles filières genre "Lettres", "Géographie" ou "Langues anciennes". Faut bien recaser quelque part ceux qui n'ont pas le niveau de l'élite. Et comme ça tout le monde est content.
Non vraiment, quand je pense à tout ce qu'à permis Valérie Pécresse et surtout Nicolas Sarkozy pour la recherche française, je me dis qu'elle est vraiment à sa place, et j'espère qu'elle restera encore longtemps ministre de la recherche industrielle (le ministère de la "recherche industrielle" a remplacé l'ancien ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, la partie "enseignement" étant maintenant dévolue au "Ministère de l'identité nationale et de l'enseignement des valeurs républicaines"). Allez faut que je vous laisse maintenant. J'ai du taf, et j'ai promis au boss de pas compter mes heures :-)
affordance.info : "Loi LRU. Loi Pécresse"
L'article est long mais vaut vraiment le détour[1], d'autant plus que, s'il est largement fictionnel et caricatural, il reprend de nombreux points de la loi tels que le gouvernement entend les appliquer, et ça fait froid dans le dos...
En outre, pour ne pas pâtir du «syndrôme de l'étudiant gnan-gnan au discours formatté dont nous abreuve en ce moment les différents médias», l'auteur nous propose «un beau et gros boulot de synthèse et d'explication (.pdf) sur la loi Pécresse, dite loi LRU. 18 fiches thématiques qui couvrent tous les aspects de la loi, présentent des extraits des textes de loi sur le mode "avant / après" et exposent à chaque fois un argument "pour" et un argument "contre".», pour enfin avoir un point de vue sinon objectif, du moins un peu mieux renseigné, sur cette loi qui devrait inquiéter la population au-delà du cercle trop souvent fermé sur lui-même de l'université : "Loi Pécresse : ce qui change à la rentrée" (document .pdf réalisé par l'ORS).
Notes
[1] Si vous n'avez qu'un billet à lire ce week-end, lisez plutôt celui-ci, sérieusement, ok ? ;-)
Commentaires
merci pour ce document pdf. Enfin quelqu'un parle de la loi. J'ai un peu de mal à comprendre certaines interprétations de l'auteur (POur et contre) qui n'engagent que lui, mais la déscription des différents article est claire.
Ca me rend un peu plus sceptique sur ce mouvement...
"...l'étudiant gnan-gnan au discours formatté dont nous abreuve en ce moment les différents médias»..." malheureusement pas si différents. Et le CSA est à 100% ump. A quand des manifs sur ce thème ? Parce que de toutes façons toutes les manifs butent sur le problème de leur médiatisation !
Des images sur les médias : http://www.local.attac.org/paris19/...
Je veux bien que vous développiez parce que tout ça me semble un peu confus et quelque peu hors de propos. Et n'êtes-vous pas vous-mêmes un média ? Disons que tout cela mérite quelques explications si vous voulez bien vous étendre ;-)
Rien de bien extraordinaire à vrai dire. C'est un rebond sur l'expression "les différents médias" qui ne se différencient en fait quasiment pas. Ils (les dominants du moins) diffusent le même point de vue, le même engagement contre les manifestants. Les manifestations - ici je généralise - ont à résoudre le problème de leur médiatisation... simplement.
Certes, si c'est de l'ordre du jeu de mots sur la polysémie de "différents", j'achète. Et il est vrai que la question de la médiatisation des mouvements revendicatifs, en particulier étudiants, est très complexe. Il n'y a qu'à voir les débats agités quant à la présence des caméras dans les amphis lors des AGs. Ça tient assez de l'amour/haine, du besoin/mépris, de la nécessité de la médiatisation confrontée à la volonté de l'im-médiation. Mais comment faire connaitre un mouvement aux masses sans médias de masse ? Pour l'instant tout le monde patauge, et il est certain qu'internet n'est pas encore une solution satisfaisante tant il n'est qu'un média de médias, un tuyau par lequel passe une multiplicité de réseaux médiatiques de niche uniquement destinés à de petits groupes très segmentés et imperméables aux idées des autres groupes. Je me suis peut-être un peu égaré là, non ?
amour, haine, besoin, mépris. Le problème ne me semble pas si "subjectif". Il y a une objective "nécessité de la médiation" qui, loin du luxe de l'im-médiation (à laquelle l'ump accède : la composition politique du csa n'est qu'un exemple parmi beaucoup) aimerait seulement davantage de pluralisme dans les médias. Je partage ce que vous dites d'internet...
Malheureusement ce que l'on entend dans les AGs c'est bien souvent un refus total de la médiatisation par des instances extérieures aux mouvements eux-mêmes. Certains désiraient même fabriquer eux-même les reportages qu'ils auraient ensuite distribués "prêts à diffuser" aux télévisions. Il me semble pourtant qu'en théorie les journalistes sont là pour apporter un regard extérieur et critique sur les événements, non pas un rapport commandé selon les normes de tels ou tels responsables, meneurs de la contestations ou de l'ordre établi. En théorie, je vous l'accorde. Mais à trop crier à la manipulation et à l'univocité des médias, n'y-a-t-il pas un risque de se couper du seul relais populaire disponible et donc de la majorité de la population qu'il faut sinon rallier, du moins sensibiliser ? Je dois dire qu'à force je ne sais plus trop quoi faire et ai plutôt tendance à me résigner :'|
Se résigner ? non ! ... Bonne lutte !